Le Canard colvert est souvent le premier oiseau d’eau que l’on apprend à reconnaître. On le croise au bord d’un étang, sur une rivière lente, dans un parc urbain, parfois même sur un simple bassin. Il a cette familiarité tranquille des espèces qui vivent près de nous et qui, sans bruit, nous ouvrent la porte du monde aquatique. Derrière son apparente banalité, le colvert est un excellent guide : il raconte l’adaptation, la saisonnalité, la vie des berges… et les petits gestes qui changent tout pour la faune d’eau douce.

Classification

  • Ordre : Anseriformes

  • Famille : Anatidae

  • Genre : Anas

  • Espèce : Anas platyrhynchos

Le colvert appartient à la grande famille des anatidés, aux côtés des oies et des cygnes. On le qualifie souvent d’espèce holarctique : il occupe une vaste partie de l’hémisphère nord, preuve d’une étonnante capacité d’adaptation. Là où il y a de l’eau  (même très aménagée) il trouve souvent une place.

Identification

Il suffit d’un regard, parfois, pour qu’il s’impose : le mâle en plumage nuptial porte une tête vert brillant qui accroche la lumière, un collier blanc plus ou moins net, une poitrine brun-chocolat, et un corps gris clair. Son bec jaune vif achève la signature.

brun moucheté, plus discrète, pensée pour se fondre dans les herbes de berge. Son bec est souvent orangé, avec une zone plus sombre.

Mais le détail qui relie les deux sexes, et qui devient précieux quand tout va vite, c’est le miroir bleu vif bordé de blanc sur l’aile. Au repos, il se devine ; en vol, il devient un repère net, presque un flash.

Chants et cris

Au bord de l’eau, on l’entend souvent avant de le regarder. Le colvert n’est pas timide : la femelle lance le célèbre “coin-coin”, rauque et sonore, répété en série comme une phrase insistante. Le mâle, lui, semble parler plus bas : un son plus feutré, un sifflement grave ou un petit râle nasillard. Au printemps, leurs échanges s’animent : plus de réponses, plus de nuances, comme si la berge devenait une scène de conversation.

Habitat

Ce qui frappe chez le colvert, c’est sa souplesse. Il s’installe partout : étangs, rivières, lacs, marais, canaux, parcs urbains, bassins artificiels. Il préfère toutefois les zones calmes, avec une végétation rivulaire : roseaux, herbes hautes, buissons, tout ce qui permet de se cacher, de se reposer, de nicher. Une berge “vivante” vaut pour lui plus qu’une eau parfaitement dégagée.

Comportement

On le voit rarement seul bien longtemps. Hors période de reproduction, il se rassemble volontiers en petits groupes, parfois plus importants en hiver. Le colvert est aussi un opportuniste : dans les parcs, il s’approche facilement des humains, surtout là où le nourrissage est fréquent, parfois trop. Cette proximité crée une impression de familiarité, mais elle masque souvent un déséquilibre : surconcentration d’oiseaux, eau dégradée, comportements modifiés.

Et puis il y a ce geste typique, presque comique : le barbotage. Le colvert plonge la tête sous l’eau, relève la queue comme un petit drapeau, et fouille la colonne d’eau et la vase pour attraper végétaux et invertébrés. C’est un comportement simple à observer, et un très bon exercice pour apprendre à regarder “comment” un oiseau se nourrit, pas seulement “où” il se trouve.

Le vol

Quand il décide de partir, le colvert ne tergiverse pas. Il décolle vite, parfois presque à la verticale, puis s’installe dans un vol puissant et direct, aux battements d’ailes rapides. C’est souvent là que le miroir bleu bordé de blanc s’impose : un critère fiable, visible même à distance, quand les couleurs du corps se perdent dans la vitesse et la lumière.

Alimentation

Le colvert est . Il consomme des végétaux aquatiques, des graines, mais aussi de petits mollusques, des insectes, des crustacés. En milieu urbain, il se laisse volontiers tenter par le pain parce qu’il est abondant et facile. Mais ce “cadeau” est trompeur : il peut déséquilibrer l’alimentation, favoriser la surpopulation locale, et dégrader la qualité de l’eau.

Si l’on veut agir correctement, le meilleur geste reste souvent de ne pas nourrir, ou de le faire de façon très ponctuelle et raisonnée, en privilégiant ce qui ressemble davantage à son régime naturel.

Reproduction et nidification

La saison des amours commence tôt, dès la fin de l’hiver. Les parades sont discrètes mais réelles : le mâle met en valeur son plumage, multiplie les attitudes, insiste par la posture autant que par la voix. Puis la femelle choisit.

Le nid est souvent caché au sol, dans une végétation dense, près de l’eau et parfois étonnamment loin des berges. Elle pond généralement 8 à 12 œufs, qu’elle couve seule pendant environ 28 jours. Les canetons, nidifuges, quittent le nid dès l’éclosion. C’est un moment spectaculaire : la vie bascule immédiatement vers l’eau, et la mère devient guide, protectrice, bouclier mobile.

Distribution

Le colvert est présent sur tout le continent européen, en Asie, en Amérique du Nord, et en Afrique du Nord. Sédentaire ou migrateur partiel selon les régions, il traverse les saisons avec une grande plasticité. Là encore, c’est sa force : il sait composer avec les climats, les habitats, et même les paysages très humanisés.

Menaces et protection

Parce qu’il est commun, on oublie parfois que le colvert dépend, comme les autres, de la qualité des milieux aquatiques. Il subit la pression de la chasse, la pollution des eaux, la disparition des zones humides, et le dérangement en période de nidification. En ville, le nourrissage inadapté ajoute une pression moins visible, mais bien réelle.

Il bénéficie d’une réglementation encadrant les périodes et quotas de chasse. Et il joue un rôle écologique important : en se déplaçant et en se nourrissant, il participe notamment à la dispersion de graines aquatiques et s’inscrit dans les chaînes alimentaires des milieux humides.

Pour aller plus loin

Observer un Canard colvert, c’est souvent faire ses premiers pas en ornithologie. Non pas parce qu’il serait “simple”, mais parce qu’il est accessible : il se laisse voir, il se laisse entendre, et il montre très vite ce que sont une berge, un comportement, une saison. Si l’on apprend à regarder ce colvert-là (vraiment regarder) alors tout le reste s’ouvre : sarcelles, fuligules, grèbes, hérons… et la vie entière de l’eau douce.