Ce matin, les étangs du Plessis-Brion avaient ce visage d’hiver que l’on n’oublie pas : une lumière pâle, l’air net, et ce froid franc qui saisit dès les premiers pas. À l’arrivée, le thermomètre flirtait avec 1 °C. Les mains se glissaient au fond des poches, les souffles faisaient de petites fumées, et pourtant… tout le monde avait ce même sourire tranquille, celui des matinées promises à l’observation.

Nous étions un petit groupe de six, à taille humaine, comme on les aime : assez peu nombreux pour entendre les remarques de chacun, partager une paire de jumelles, s’amuser d’un détail, et laisser la curiosité circuler librement. Très vite, la bonne humeur a pris le dessus sur le froid. Il y avait cette complicité simple des sorties nature : les échanges discrets pour ne pas rompre le calme, les chuchotements enthousiastes quand une silhouette se précise, et cette gentillesse immédiate qui naît quand tout le monde regarde dans la même direction.

À l’étang le Fond, depuis l’observatoire, le décor s’est mis en place comme une scène. Sur l’eau, les canards donnaient le ton : Canards colverts et Canards chipeaux, Sarcelles d’hiver au profil vif, et même ce Canard souchet, singulier, avec cet individu hybride qui a animé les discussions et affûté les regards. Les Fuligules morillons ponctuaient l’étang de leurs plongées régulières, pendant que la Foulque macroule tenait son rang, sûre d’elle, éternelle silhouette noire au bec clair. Au-dessus, le Grand cormoran passait avec cette gravité un peu austère qui lui va si bien, tandis que le Héron cendré, immobile, semblait mesurer le temps à sa façon. Et, en lisière de cette vie aquatique, la Grive musicienne rappelait que l’hiver n’est jamais tout à fait silencieux.

Puis nous avons repris le chemin vers l’étang le Trou Bouilly. Là, l’ambiance a changé : davantage de frémissements dans les arbres nus, plus de proximité avec les haies et les lisières. La Mésange charbonnière a apporté sa vivacité, le Rougegorge familier sa présence douce et familière, et le Merle noir ses allées et venues prudentes. La Grive musicienne s’est faite entendre, discrète mais fidèle, comme un fil sonore qui relie les étapes.

Sur l’eau, les surprises se sont enchaînées : l’Aigrette garzette, fine et lumineuse, le Grèbe huppé élégant, le Grèbe castagneux plus secret, le Héron cendré encore, comme un repère. Une Mouette rieuse a traversé le paysage, et, au loin, un Cygne tuberculé en vol a signé le ciel d’une grande courbe blanche, presque irréelle. Les Fuligules morillons étaient encore là, accompagnés des Foulques macroules, et la Gallinule poule d’eau a offert ce mélange de discrétion et de couleur qui fait toujours plaisir à voir. Même le Pigeon ramier, souvent banal au premier regard, trouvait sa place dans cette mosaïque du vivant.

Et pendant que la liste des espèces s’allongeait, quelque chose d’autre s’installait aussi : la douceur. Peu à peu, le froid du départ s’est desserré. Le soleil a pris de l’assurance, la lumière s’est réchauffée, et vers la fin de la sortie, l’air semblait presque clément, approchant les 10 °C. On sentait les épaules se détendre, les échanges devenir plus amples, et les rires plus faciles. Comme si la matinée avait ouvert une fenêtre, non seulement sur les oiseaux, mais sur une manière plus simple d’être là, ensemble, à regarder.

Au fond, cette sortie a eu tout ce qu’on espère d’une “Découverte des oiseaux” : des observations riches, quelques détails qui intriguent et nourrissent la curiosité, et surtout une ambiance chaleureuse, faite de sympathie, d’attention, et d’un plaisir partagé. Une de ces matinées où l’on repart un peu plus léger, avec le sentiment d’avoir vu, appris, et vécu quelque chose de juste, au rythme des étangs et des saisons.